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Les Grandes Carrières 6-4

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Rue Lepic. Encore un général. D’empire en plus. Un coup de bol, pas coaché par Sarko il n’a pas réussi à jouer des épaules pour se glisser dans les boulevard extérieurs. Sinon on serait rue l’Empereur !

Le touriste très pressé ne s’aventure pas au delà de la place Jean-Baptiste Clément (j’ai oublié de préciser qui c’était pour mes lecteurs de droite mais le merle moqueur me l’a rappelé. Tant pis vous n’en saurez pas plus), le juste un peu pressé qui a entendu parlé de la guinche pousse jusqu’au Moulin de la Galette.

Je suis venu une fois, il y a peut-être bientôt 40 ans, pour un thé et pour la vue, dans un des deux derniers immeubles de la rue. Pour mon dernier poste dans l’Education Nationale en 79, j’avais été gâté. Une heure cinq de tortillard de banlieue depuis la gare de Lyon, suivi de vingt cinq minutes à pied jusqu’au collège où je devais remplacer une titulaire enceinte de février à la fin de l’année. En arrivant j’ai pensé un moment que j’avais pénétré dans un univers parallèle. L’entrée à peine franchie je tombe sur une femme sortie d’une mise en scène classique du Freischütz de Weber, vêtue d’une sorte de costume marron et d’un chapeau avec une gigantesque plume de faisan, puis tout de suite après un homme me tombe dessus pour me raconter sans reprendre son souffle la vie de tous mes futurs collègues, y compris ma rencontre précédente, et l’histoire du collège depuis sa création heureusement récente. Il m’avouera plus tard après avoir compris qu’il n’était pas mon genre, comme dirait Swann, qu’en me voyant arriver dans ce collège monotone il avait été saisi, ce qui l’avait rendu volubile. C’est lui que j’avais rencontré par hasard bien après la fin de l’année scolaire en me promenant du côté de Montmartre et qui m’avait proposé un thé surtout pour me faire profiter de la vue depuis son appartement. Il n’avait pas menti. L’appartement transversal n’avait rien de particulier mais la vue valait effectivement le déplacement, très voisine de celle de la terrasse devant le Sacré Coeur.

Descendre la rue Lepic me fait penser à deux dames extraordinaire qui devaient faire effet sur les passants quand elles la descendaient. La première c’est Suzanne Valadon qui semble-t’il avait une présence indéniable. La seconde, Louis Culafroy, connue sous le nom de Divine, amante de Notre Dame des Fleurs.

La vue sur le moulin un peu plus bas n’empêche pas de vérifier à nouveau que nos boutiquiers sont des grands humoristes en passant devant le resto « Le Bon, la Butte » tandis qu’en face des maisons avec jardin donneraient envie… Dans une rue un peu moins touristique.

Le nouveau visiteur fan de Dalida risque le strabisme divergeant (ça c’est pas sympa !), l’oeil gauche sur la minuscule entrée de la rue d’Orchampt (origine inconnue, merde alors !) que la chanteuse n’aurait certainement pas pu emprunter avec sa mini. Si j’avais été un peu plus connaisseur de la topographie de la rue à l’époque j’en aurais demandé confirmation à une rencontre, créateur de revues pour un célèbre music-hall, disait-il, et relation de la dame qui lui servait de chauffeur occasionnel (d’où ma connaissance de la mini). Et l’oeil droit sur le Moulin de la Galette au dessus du restaurant du même nom qui fut un temps italien et propriété d’Orlando. People, moi ? Quand on descend la rue, un peu plus bas en face de la rue Tholozé (général ! de là à penser que la France est un pays belliqueux), un autre moulin, l’entrée du chemin qui y mène à travers un jardin est surmontée de l’indication « Moulin de la Galette ». De qui se moque-t’on ? Longtemps j’ai raconté aux visiteurs que c’était le vrai et que celui du resto était un piège à gogo pour attirer le chaland. C’est un peu plus compliqué. Les deux moulins, le Radet et le Blute-fin, appartenaient à la même famille de meuniers fins commerçants qui ont décidé de transformer un des deux en guinguette baptisée Moulin de la Galette puis à l’occasion de travaux ont transféré la guinguette dans l’autre moulin en lui donnant le même nom. Et donc le Moulin de la Galette n’est pas un mais deux. Celui du bas dans la rue quoique plus haut perché que l’autre est dans un lotissement dont l’entrée principale se trouve avenue Junot, cité d’artistes à l’origine, où ces derniers ont été remplacé par des occupants probablement plus aptes à manier le pognon que les pinceaux. Une des rares ouvertures sur l’extérieur de cette cité est une façade dans la partie de la rue Lepic entre les deux moulins. Architecture étrange qui me fait penser au flanc d’un bateau à roues sur le Mississippi.

J’aime la forme de la rue Lepic, un point d’interrogation vu dans un miroir et sans le point, qui fait que la rue Tholozé commence à quelques mètres de la rue Lepic là où débute la partie rectiligne du point d’interrogation et finit au pied du jardin du moulin du bas. Malheureusement l’accès au jardin et au moulin n’est pas ouvert au public. Pas plus que l’escalier étroit qui suit le pavillon genre banlieue mi vingtième siècle et doit conduire à la cité déjà mentionnée.

A gauche, la rue de l’Armée d’Orient (encore des militaires ! Pas d’autre commentaire. En gardant en mémoire que le simple fait d’écrire « sans commentaire » est déjà un commentaire en soi, ce qui explique que j’écris plus volontiers « sans autre commentaire » ce qui peut paraître abscons quand on n’est pas averti) est une rue en L qui ressort un peu plus bas dans la boucle de Lepic. Je ne prends pas la branche nord-sud et me contente d’admirer au fond un immeuble avec garage, atelier d’artiste au premier et toit-terrasse par dessus avec pergola et végétation. De quoi avoir presque envie d’être riche.

En continuant la descente, avant la boucle, à droite un passage commençant par un escalier conduit vers de la verdure. Il est lui aussi fermé par une grille mais je l’ai connu quand ce n’était pas le cas. C’était même une des pièces maîtresses de mon Montmartre. Pas fou je le prenais par l’autre bout, avenue Junot, pour descendre les escaliers plutôt que les monter. L’entrée Junot longe un terrain de boules juste avant un jardin boisé de belle dimension qui entourait un pavillon cossu de deux étages à l’abandon. A chaque fois que je passais là je rêvais de pouvoir l’acheter, désespéré de le voir se dégrader. Un jour, une annonce avec photo dans la très chic succursale de la rue Lepic de l’agence Junot Immobilier. Mais c’est mon château qu’ils sont en train de vendre ! Depuis il a été retapé, est devenu l’Hotel Particulier avec cinq suites, le passage a été fermée, l’entrée ornée de pimpants panneaux « voie privée » qui m’ont fait hurler de rage. A leur décharge il a été bien refait, vu du dehors, alors qu’avant il n’était pas terrible limite casse-gueule. Mais quid de la mini grotte en meulière, très jardin second empire qui se dressait au milieu du passage en haut des escaliers ?

Le « Virage Lepic » est toujours là avec son nom inchangé mais doit accueillir des touristes au lieu d’une clientèle plus homo que gay d’habitués et de nouvelles têtes que les patrons recevaient chaleureusement et qui était sure de ne pas s’envoler en sortant même par gros temps. Avec la normalisation et la banalisation, je me demande si ce genre de lieu existe encore. Au passage et vite fait, parce qu’on s’en fout !

Un peu plus loin, une trouée vestige d’un passage fermé qui devait rejoindre Caulaincourt puis Damrémont en face de la rue Steinlen. Personne ne doit s’en plaindre car à peine plus bas la rue Tourlaque assure la même fonction. Mais entre les deux, du côté gauche arrive la deuxième partie de la rue de l’Armée d’Orient avec au milieu le théâtre Montmartre-Galabru que le comédien avait réhabilité. Drôle de bonhomme que je classais dans la catégorie des ringards avec les Préboist, Lefèbvre et consorts jusqu’à sa prestation dans le Juge et l’Assassin. Je parcours la rue jusqu’à son angle droit, c’est Montmartre avec ses ateliers, ses petites maisons, le Montmartre à l’écart des touristes.

A l’angle de la rue Durantin,  l’immeuble précédé d’un petit jardin et de ce qui fut peut-être la maison du gardien est toujours placé sous la surveillance des dames dans leur alcôve, une par étage. En arrivant au carrefour avec Joseph de Maistre, la rue changerait de nom pour devenir rue des Abbesses, elle préfère faire un virage à 90 degrés pour descendre vers la place Blanche. On entre dans ce que j’appelle le village Lepic. Je devrais plutôt dire « j’appelais » car il me semble plutôt être devenu le village rbnb. Covid reste encore un peu, le temps que les bailleurs pas sociaux du tout, abandonnent leur location au jour le jour pour revenir à des durées plus longues.

Quand j’ai quitté la rue d’Aubervilliers, il y a quelques temps (22 ans déjà !!!), j’ai passé quelques mois dans une des rues du village Lepic avant de passer la barrière des Fermiers Généraux pour la rue Mansart. Pourquoi village Lepic ? Parce qu’après quelques semaines passées là, j’avais l’impression de connaître tout le monde. Quand je montais ou descendais la rue, il m’arrivait de discuter avec Brigitte la pharmacienne, Neige la patronne vietnamienne du restaurant de la rue Véron et ses enfants, le serveur du Petit Robert, un des patrons de Lintox, la boutique qui vendait des slips d’hommes et autres strings affriolants non pas à des gays, mais aux ménagères du quartier pour leurs maris selon ses dires. Le commerce dans la rue a évolué, pas dans ma direction préférée, des échoppes traditionnelles comme la triperie ont cédé la place à des traiteurs, Mère de Famille, boutique du Moulin Rouge ou autres commerces, ceux-là aussi éphémères que la mode qui les fait ouvrir, comme celui qui a vendu pendant un temps des cupcakes. A l’angle de la rue Cauchois le tabac des 2 Moulins est devenu café des 2 Moulins. Le patron a du vendre à prix d’or son établissement rendu célèbre par Amélie Poulain et l’acheteur céder la licence pour rentrer un peu dans ses frais. Heureusement quelques institutions comme les Petits Mitrons et ses tartes aux fruits caramélisées sont toujours là. Le Papa a disparu et le petit mitron est devenu un homme mur.

Ca fait bizarre de voir le centre de la place Blanche, sa grille d’aération du métro sans rubans agités par le souffle, vidée des touristes photographiant le Moulin Rouge. Et lui-même complètement fermé. La cité Véron (maire de Montmartre) n’est pas assez chic pour être fermée à moins que ce soit plus probablement du à la présence du Théâtre Ouvert. Rien n’indique que Vian et Prévert ont habité l’impasse, côté gauche les petits immeubles précédés d’un jardinet ne respirent pas l’opulence. Peut-être trop difficiles à réhabilités pour être victimes des criquets friqués. Dans le fond une petite porte donne sur l’ancienne propriété de Raymond Souplex, l’homme du square près de la maison. On en reparlera.

Le Théâtre des Deux Anes a perdu de sa réputation, il faut dire que les chansonniers sentent un peu la naphtaline. Avant d’arriver à l’avenue Rachel, la cité Yves Klein fermée à double tour voire plus, refaite à neuf sent l’opération immobilière juteuse. Avenue Rachel, retour à la maison par des chemins déjà vus.

 

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