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La plus courte ballade

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En ces temps de confinement c’est difficile d’aller très loin à part un tour du pâté de maison pas vraiment folichon ou le U du parking-jardin de la résidence. Alors, rien ne vaut un simple voyage sur le balcon pour partir vers des contrées lointaines.

A la mi avril le jasmin que Phiphi avait apporté l’année dernière est en fleurs. Il vient de commencer son explosion favorisée par les 27-28 °C en fin de journée qu’on a eu ces derniers temps. Je m’installe dans le transat, la tête près de l’arbuste. Les yeux fermés je m’envole.

A la vue ce jasmin est splendide, en revanche il n’a pas ce parfum que j’adore. Pour ça il faudra attendre le mois d’août, peut-être plus. Le jasmin d’Arabie, dans un autre pot, vient juste de voir apparaître ses premiers bourgeons. Ce dernier a le parfum de la madeleine de Tante Léonie.

Il y a quarante ans ou presque, Evelyne et Hélène étaient venues m’attendre à l’aéroport de Tunis.

J’avais quitté l’Algérie deux ou trois ans auparavant et n’avais pas remis les pieds au Maghreb depuis. Encore deux ans plus tôt j’avais foulé pour la première fois le sol d’Afrique du Nord embarqué dans l’aventure de la coopération comme VSNA. Pour les jeunes générations qui n’en ont jamais entendu parler, Volontaire du Service National Actif. Il y avait encore un Service National qui avait remplacé dans le vocabulaire le Service Militaire et qui à l’époque durait un an. Quand on avait décidé de ne pas se faire réformer et qu’on voulait échapper à la caserne, on faisait la coopération, la plupart du temps comme prof, à l’étranger. En revanche le Service passait à seize mois et on s’engageait à finir l’année scolaire comme coopérant civil. Bref on en prenait pour un peu moins de deux ans, de début septembre à fin juin-début juillet. J’avais eu un poste de VSNA en Algérie. A notre arrivée on avait passé deux jours à Tipaza dans un centre touristique pour nous briefer et probablement atténuer le choc du dépaysement. C’est là où j’avais découvert mes premières grosses chaleurs même si deux mois auparavant il y avait eu la canicule de 76 suivie de vacances en Grèce. C’est là aussi où j’avais senti l’odeur du jasmin qui poussait le long des cabanes blanches ou nous couchions autrement que dans le thé et les savonnettes Roger et Gallet.

Fin août l’aérogare de Tunis baignait dans l’odeur du jasmin d’Arabie. Une kyrielle d’ados vendait des petits bouquets rangés sur des plateaux tressés. Depuis Tipaza je n’avais plus senti ce parfum entêtant. Le jasmin ne poussait pas sur les Hauts Plateaux où j’avais fais ma coopération. Quant à Paris… Plongé dans le passé, étourdi, dépaysé, noyé dans les explications de mes copines, plus particulièrement Evelyne car je ne me souviens plus si ce n’était pas la première fois que je voyais Hélène, j’étais dans une sorte d’état second. Un détail incongru me choquait, tous ces hommes qui portaient déjà un petit bouquet sur l’oreille ou en achetait un aux jeunes vendeurs. J’ai probablement du dire aux filles qu’elle ne me verraient jamais avec ce truc ridicule sur l’oreille. Arrivé à Sidi Bou Saïd, la découverte de la rue qui montait bordée de ses maisons blanches aux portes et volets bleus et ses boutiques à touristes jusqu’au café des Nattes, l’hôtel spartiate dans lequel on allait passer plusieurs nuits. A peine le temps de poser mes bagages, toujours pris dans un tourbillon irréel, on est parti dîner dans un resto qui s’appelait le typique, je crois, dans une cour sous les arbres. Bien sur, ce qui devait arriver est arrivé, un jeune gars s’est planté devant nous avec son plateau d’osier, m’a regardé dans les yeux et planté un bouquet sur l’oreille droite. Je n’ai pas osé le retiré et sorti quelques pièces de monnaie. Après, tous les soirs de notre séjour, j’achetais mon petit bouquet, le reniflais jusqu’à m’en étourdir avant de le glisser sur mon oreille.

Jasmin d’Arabie ou non, il a le parfum d’un Orient rêvé.

Le voyage se poursuit sur une erreur, une faute d’orthographe liée à la vocalisation d’un lieu. On verra ça la prochaine fois.

 

 

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3 Commentaires

  1. dominique

    13 avril 2020 à 23 h 06 min

    Je te suis…….

    Répondre

  2. chantal HENNINGER

    25 avril 2020 à 11 h 00 min

    le monsieur en mosaique…c est un space invader?

    Répondre

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